Automobile : la production française a diminué de moitié en moins de dix ans
C'est l'un des corollaires de la lourde chute des immatriculations en France et en Europe en 2012. Les usines françaises de PSA Peugeot-Citroën et de Renault ont tourné au ralenti en 2012.
Sur les trois premiers trimestres de l'année, les deux constructeurs ont produit 1,3 million de véhicules dans leurs douze sites hexagonaux, marquant un recul de 13,2 % par rapport à la même période de 2011.
Les données du dernier trimestre n'inverseront pas la tendance. La multiplication des périodes chômées sur les chaînes des deux groupes ces trois derniers mois et le ralentissement quasi généralisé des cadences de fabrication, même à Poissy sur la ligne de production de la 208, dernière-née des véhicules Peugeot, ne permettront pas de rattraper le retard.
Sur l'année 2012, 1,6 million de véhicules sont, au mieux, sortis des usines françaises. C'est autant qu'en 2009, année de la première vague de la grave crise actuelle. Mais c'est surtout deux fois moins qu'en 2003, lorsque les deux constructeurs français tournaient à 3,2 millions de voitures et de véhicules utilitaires...
A l'époque, PSA produisait à lui seul 2 millions de véhicules sur le territoire national, contre moins de 1,3 million l'an dernier. Renault fabriquait pour sa part un peu plus de 1,2 million de voitures particulières ou utilitaires... Aujourd'hui, la marque au losange atteint à peine le demi-million de véhicules produits par an en France !
Selon le cabinet de conseil Roland Berger, le taux d'utilisation des douze usines françaises ne dépassait pas les 57 % au premier semestre 2012. Ce pourcentage s'est encore affaissé au second semestre, à moins de 50 %. Certains sites de Renault, dont Flins (Yvelines) ou Sandouville (Haute-Normandie), tourneraient au tiers de leur capacité, quand celui de Maubeuge (Nord), en plein lancement du Citan, le dernier utilitaire de Mercedes produit par Renault, travaille les samedis...
Cette chute de la production coûte cher aux deux constructeurs, qui ne disposent plus des volumes de production suffisants pour couvrir leurs coûts fixes. D'où les mesures radicales d'adaptation lancées par les deux concurrents français.
PSA a choisi la manière forte en sacrifiant l'un de ses sites, celui d'Aulnay (Seine-Saint-Denis), tout en réduisant la capacité de production de celui de Rennes à l'horizon 2014. Pour ses autres usines, le groupe adapte ses cadences et ses équipes. "En multipliant les périodes chômées ou en modifiant trop souvent les cadences, on pèse sur la qualité des véhicules", assure un expert industriel.
C'est le chemin suivi par Renault. Détenue à 15,01 % par l'Etat, l'ex-régie ne peut envisager la fermeture d'un site. Il lui faut donc se réorganiser pour baisser ses coûts fixes.
Depuis novembre 2012, la direction du groupe négocie avec les syndicats pour mutualiser les fonctions supports de ses usines et faciliter les transferts de salariés d'un site à l'autre. Le 9 janvier, la direction du groupe dévoilera des propositions pour améliorer la compétitivité de ses implantations françaises.