Conclave au Vatican : après Benoît XVI, un pape libéral ? Peu de chance...

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LE PLUS. Ce mardi après-midi, les 115 cardinaux qui constituent le collège électoral du Vatican se réunissent en conclave pour désigner celui d'entre eux qui succédera à Benoît XVI. Le pape élu peut-il être un tenant d'une ligne progressiste, ouvert aux questions de contraception et au mariage homosexuel ? D'après Philippe Oswald, directeur du site Aleteia et spécialiste du catholicisme, ce n'est pas pour maintenant.

Édité et parrainé parAntoine Rondel

 

Les cardinaux assistent à une messe avant le début du conclave, le 12 mars 2013 au Vatican (GABRIEL BOUYS/AFP).

 

Les cardinaux assistant à la dernière messe avant le conclave, le 12 mars 2013 à la Basilique Saint-Pierre

 

Au-delà du fait qu’il est extrêmement hasardeux de faire un pronostic dans ce genre d’élections, j’ai le sentiment que la question d’un virage vers le libéralisme sociétal dans le message de l’Église ne se posera pas à l’occasion de cette élection.

 

Rendre aux catholiques la fierté de ce qu’ils sont

 

Déjà, il faut bien comprendre que, sur les 115 cardinaux qui composent le collège électoral, 63 ont été nommés par Benoît XVI, et les autres, par Jean-Paul II. Il ne faut donc pas s’attendre à des réformes bouleversantes à l’issue de cette élection.

 

Outre la réforme du gouvernement de la curie et la poursuite du discours inter-religieux, le nouveau pape devra, à mon avis, se charger du chantier de la nouvelle évangélisation. Un sujet sur lequel il y un énorme consensus entre les cardinaux. C’est le signe que l’Église ne se résigne pas au divorce entre elle et la société, en tout cas la société occidentale. Qu’elle ne veut plus céder à la tentation de l’enfouissement. L’heure est plutôt à encourager les catholiques à être fiers de ce qu’ils sont : sans triomphalisme, mais sans "raser les murs" !

 

Selon les continents, la nouvelle évangélisation consistera :

- en Europe, à apporter aux personnes de nouveaux repères qui les rapprochent de leurs racines judéo-chrétiennes

- en Afrique, à proposer une aide au développement, sous toute ses formes, y compris culturelle

- en Amérique latine, à renforcer l'identité catholique face aux sectes

- en Asie, à poursuivre une implantation déjà bien entamée aux Philippines, au Viêt-Nam, et même en Chine

 

Contraception et mariage gay : il n’y aura pas de changement

 

L’objectif de nouvelle évangélisation confirme d’ailleurs ce que je disais en introduction. Si le souhait de l’Église est de proclamer sans timidité son attachement aux valeurs transmises par l’Évangile, il ne fait aucun doute que son positionnement sur des questions telles que le mariage gay ou encore la contraception ne sera pas différent après l’élection. Je suis désolé de décevoir ceux qui espéraient une évolution de l’Église de ce côté-là, mais il serait illusoire de compter là-dessus.

 

Pour différentes raisons, le mariage entre personnes du même sexe est radicalement contraire à l’anthropologie telle que la conçoit l’Église et par suite, évidemment, au sacrement matrimonial.

 

S’agissant de la contraception, la question est plus compliquée, mais le principe demeure qu’on ne peut séparer radicalement l’acte sexuel de l’acte procréateur comme si le don mutuel de l’homme et de la femme pouvait devenir étranger au don de la vie. L’action des catholiques consistera toujours à privilégier l’éducation aux valeurs de la vie et de la famille et, par suite, la lutte contre la misère et les maladies comme l’a toujours fait l’Église.

 

Apprendre à mieux communiquer

 

Dans les cas extrêmes, par exemple suite à un viol, l’Église privilégiera toujours la vie et ne pourra jamais consentir à un avortement. Encore faut-il qu’elle délivre également un message de miséricorde et de compassion, de charité, bien au-delà de la simple application d’une règle.

 

Les journaux avaient beaucoup évoqué cette sordide affaire de viol d’une fillette au Brésil, où le mot d’excommunication avait été prononcé par l’évêque local pour les personnes qui l’avaient fait avorter. D’autres évêques s’étaient d’ailleurs démarqués de cette proclamation en soulignant que la charité prônée par l’Église doit être à la hauteur de la vérité qu’elle proclame.

 

Sur la question du célibat des prêtres, la possibilité d’assouplir cette discipline de l’Église latine revient régulièrement dans les débats ecclésiaux. Je doute cependant que ce soit vraiment une priorité du prochain pape, le célibat consacré étant le signe du don total au Christ et du service de tous, plus exigeant et "dévorant" que jamais aujourd’hui.

 

Et si l’origine du pape incarnait la modernité ?

 

Si on tient absolument trouver un aspect "moderne" à cette élection, remarquons d’abord que c’est la première fois depuis sept siècles qu’elle se déroule après la renonciation d’un pape. C’est un signal fort qu’a donné Benoît XVI ! Par ailleurs, le "métier de pape" doit tenir compte des impératifs de la mondialisation et du web 2.0. Une nouvelle donne pour laquelle semble taillé le très connecté cardinal philippin Luis Antonio Tagle.

 

Autre signe, ce conclave est plus que jamais une réunion internationale : les électeurs viennent de 64 pays, de tous les continents ! Il y a longtemps que le catholicisme s’est implanté à travers le monde, mais les cardinaux non-européens sont à présent presque aussi nombreux que les Européens. La possibilité d’un pape non-européen est aujourd’hui plus forte que jamais.

 

Voilà qui devrait tempérer l’assurance de ceux qui pensent que l’Église est confrontée à une crise de foi et des vocations irrémédiable.

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Publié dans Actualités

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