Des centaines de milliers de Brésiliens dans la rue

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Protestations à Brasília, le 20 juin 2031.
20 000 personnes ont défilées à Fortaleza le 19 juin, où des heurts violents ont eu lieu en marge du match Brésil-Mexique.
Manifestation à Rio de Janeiro, jeudi 20 juin.

L'appel avait été lancé sur les réseaux sociaux. La baisse du prix des transports n'a pas réussi à calmer les esprits.

Une marée humaine a envahi les rues du Brésil, à l’appel des réseaux sociaux, avec quelque 300 000 manifestants dans la seule ville de Rio des Janeiro, poussant la présidente Dilma Rousseff à annuler un voyage officiel prévu au Japon. Ils étaient déjà des centaines de milliers et leurs flots ne cessaient de grossir dans une centaine de villes du pays, notamment à Brasilia (25 000), Sao Paulo, Recife (50 000), Salvador (20 000). A Rio de Janeiro, après un début de marche pacifique, de premiers incidents ont éclaté devant la mairie entre un groupe de manifestants et la police.

La police de Rio a twitté une estimation officielle d’un expert universitaire en sécurité qui a évalué à 300 000 le nombre de manifestants dans la capitale carioca, tout en précisant à l’AFP qu’elle n’avait pas encore d’estimation propre.

A Salvador de Bahia, théâtre de la première manifestation dans l’après-midi, des affrontements violents ont également éclaté entre un partie des 20 000 manifestants et les policiers, ont rapporté des journalistes de l’AFP.

 

Au moins un manifestant a été blessé par une balle en caoutchouc. Un policier a également été blessé lors de ces incidents survenus à deux kilomètres du stade où se jouait le match Nigeria-Uruguay de la Coupe des Confédérations. «Ici à Salvador, on a le sang chaud, on a le sang indien et le sang noir. Ce n’est pas Sao Paulo. Ils vont tuer quelqu’un», confiait à l’AFP un manifestant, Paulo Roberto, après la riposte policière.

A Rio de Janeiro, une foule immense avait commencé à défiler joyeusement dans le centre administratif et commercial, aux cris de: «Le Brésil s’est arrêté! Le Brésil s’est arrêté!». Les employés jetaient par les fenêtres de leurs buildings des pluies de confettis sur les manifestants et faisaient clignoter les lumières de leur bureau en signe de solidarité. «Nous sortons de Facebook!» proclamait une pancarte. «J’ai voté Dilma et je revoterai Dilma. Mais c’est un moment unique, on en a besoin pour accélérer les réformes du pays», a confié Ney, un ingénieur de 64 ans, à une journaliste de l’AFP.

 

La police de Rio, extrêmement discrète au début de la manifestation, a diffusé sur les réseaux sociaux des tracts à imprimer demandant aux manifestants de «l’aider à les protéger»: «SANS VIOLENCE, PAIX, éloignez ceux qui insistent pour semer le trouble dans une manifestation pacifique». Pour la première fois depuis le début du mouvement il y a une dizaine de jours, des organisations de la société civile et partis de gauche ont annoncé leur intention de se joindre aux cortèges avec leurs banderoles.

Mais à Sao Paulo, des militants du Parti des travailleurs (PT, gauche au pouvoir) ont été reçus par des bordées d’invectives: «opportunistes! Partez à Cuba, Partez au Venezuela!», a rapporté un journaliste de l’AFP. Des manifestants ont également brûlé un drapeau du PT, selon des images télévisées. Confrontée au plus vaste mouvement de protestation depuis 21 ans au Brésil, la présidente Dilma Rousseff a annulé une visite d’Etat au Japon, prévue du 26 au 28 juin. «Elle a décidé de rester au Brésil en raison des événements actuels», a indiqué à l’AFP une source de la présidence. Les principales villes du pays, dont Rio et Sao Paulo mercredi, ont cédé cette semaine l’une après l’autre à la revendication initiale de la rue. Elles ont accepté de revenir sur leur décision d’augmenter le tarifs des transports publics, la revendication initiale de la fronde sociale.

 

Malgré cette victoire, rien ne laisse présager un essoufflement rapide de ce mouvement diffus, sans étiquette politique ou syndicale, ni leaders clairement identifiés. Il cristallise désormais toutes les frustrations de la population de ce pays émergent de 194 millions d’habitants: services publics précaires comme la santé et l’éducation, corruption de la classe politique, sommes colossales - 11 milliards d’euros - investies pour l’organisation du Mondial-2014 de football. Et depuis sa victoire sur le prix du ticket de bus, il n’a plus de revendication concrète bien définie. «Le tarif des autobus est le détonateur d’un grand mouvement qui n’a pas de leader mais cela ne veut pas dire que nous n’ayons pas une direction à suivre. A partir de maintenant, les politiciens vont devoir nous prêter plus d’attention», a déclaré à l’AFP, Carolina Silva, 35 ans, employée de la compagne pétrolière nationale Petrobras.

 

Certains observateurs comparent le mouvement aux récentes manifestations en Turquie ou même aux révoltes du «Printemps arabe».

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Publié dans Actualités

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