Jean-Louis Borloo : l'UDI ou l'antidroitisation

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Jean-Louis Borloo : l'UDI ou l'antidroitisation

LE PLUS. Dimanche 21 octobre, Jean-Louis Borloo, ex-ministre de Nicolas Sarkozy, a choisi de lancer l'UDI. L'Union des démocrates et indépendants se veut une formation de centre-droit et son chef de file souhaite en faire "le premier parti de France". Pour Thomas Guénolé, politologue à Sciences Po, cette alliance à droite est le résultat de compromis.

 

Jean-Louis Borloo lors du lancement de l'UDI à la Mutualité à Paris le 22 octobre 2012 (P.KOVARICK/AFP)

 Jean-Louis Borloo lors du lancement de l'UDI à la Mutualité à Paris le 22 octobre 2012 (P.KOVARICK/AFP)

 

Sur le plan des idées, si le PS est le contraire de l’UMP, l’UDI semble en voie de devenir son inverse. C’est le principal enseignement de sa convention de lancement, qui s’est tenue le dimanche 21 octobre à la Mutualité à Paris.

 

Contre la "frontisation"

 

L’Union des démocrates et indépendants, de fait, semble prendre à contre-pied la ligne de droitisation, ou plus exactement de "frontisation", suivie par l’UMP avec constance depuis l’élection présidentielle de 2007 : accolement de l’immigration à l’identité nationale dans un même ministère, discours de Grenoble faisant un lien explicite entre immigration et insécurité, débat sur la laïcité stigmatisant l’islam de France, circulaire Guéant sur les stagiaires étrangers faisant le lien entre immigration et chômage, remise en cause de l’espace Schengen lors de la campagne présidentielle de 2012, et plus récemment les déclarations de Jean-François Copé sur le racisme anti-blanc.

 

À l’inverse, le "vivre-ensemble" fut l’un des thèmes récurrents de la convention fondatrice de l’UDI, repris d’intervenant en intervenant jusqu'au discours conclusif de Jean-Louis Borloo condamnant explicitement le rejet de l’autre. Ce positionnement fait d’ailleurs écho aux déclarations de ce dernier en 2011 qui, paraphrasant le radical Aristide Briand, déclarait que "la loi de séparation des Églises et de l'État ne doit pas être comme un revolver à l'égard de l'islam."

 

Pareillement, l’UDI se démarque dès sa naissance de la ligne d’attaque des corps intermédiaires suivie par l’UMP pendant la campagne présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy ayant alors présenté l’appel accru au référendum comme un levier pour répondre aux attentes du peuple contre des élites coupées de la réalité. C’est en ce sens qu’il faut comprendre la référence tout aussi récurrente, durant cette convention fondatrice, au Grenelle de l’environnement, caractérisé par une méthode de production de réformes politiques associant les gouvernants et la société civile, et érigé en modèle de gouvernance à répliquer sur tout thème d’importance.

 

Marquer sa différence avec l'UMP 

 

Enfin, nul hasard si cette convention compta parmi ses invités le commissaire européen Michel Barnier et le député européen belge Guy Verhofstadt, l’un et l’autre s’engageant dans des plaidoyers explicitement fédéralistes quant à l’avenir de l’Europe, tandis que l’invitée d’honneur était Simone Veil, première présidente du Parlement européen élue démocratiquement.

 

Là encore, l’UDI se démarque très nettement de l’UMP qui, lors de la campagne présidentielle de 2012, proposait de privilégier durablement un pilotage intergouvernemental de l’Europe, c’est-à-dire une approche sinon souverainiste du moins confédéraliste. Jean-Louis Borloo estima d’ailleurs, en conclusion de la convention, que de tous les partis politiques en France, seule l’UDI naissante défendait l’Europe.

 

Ces trois exemples de différenciation envers l’UMP sur le plan des idées ne doivent pas surprendre, car ils découlent de certains éléments constitutifs de l’identité idéologique du centre : le parti pris de conciliation des intérêts divergents de la société, le rejet équidistant des extrêmes, la préférence pour un système politique assis sur les corps intermédiaires, le fédéralisme comme projection de cette idéologie à l’échelle de l’Europe.

 

L'UDI, un parti typiquement centriste

 

Ces positionnements correspondent également à une opportunité électorale, car si l’UMP et ses alliés ont systématiquement perdu les élections à compter de 2008, c’est du fait de l’abstention croissante de l’électorat centriste [1]. Or ce dernier pèse, selon le panel électoral français réalisé en 2012 par le Cevipof, 14% de l’électorat total. C’est dire donc si, en vue des élections européennes de 2014, l’UDI bénéficie d’une fenêtre de tir pour réaliser un score significatif.

 

Toujours est-il qu’en portant renaissance de la défunte UDF, l’apparition de l’UDI signe l’échec de deux stratégies. La première était celle de Jacques Chirac, choisissant de répondre à l’illusion d’optique de la poussée du FN en fusionnant RPR, UDF et DL dans une même formation pour éviter tout effet de seuil aux élections à deux tours. La seconde était celle de François Bayrou, déduisant de l’équidistance idéologique du centre envers la gauche et la droite la constitution d’un extrême centre rejetant les deux blocs, le MoDem, et se privant de facto d’alliances de gouvernement.

 

Affirmant la spécificité idéologique du centre tout en prenant acte de la nécessité tactique d’une alliance stable avec la droite, celle de Jean-Louis Borloo et de l’UDI est un compromis entre ces deux approches. Ce qui est, au demeurant, typiquement centriste.

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