L'ANC, centenaire, à la recherche d'un nouveau souffle
Sur le papier, le parti de Nelson Mandela est en bonne santé. Le chef de l'Etat, Jacob Zuma, l'a rappelé, dimanche 16 décembre, dans son discours d'ouverture de la 53e conférence du Congrès national africain (ANC). Le nombre de militants a triplé en dix ans pour atteindre 1,2 million de membres en 2012. "L'ANC demeure très populaire parmi la population, a lancé aux 4 500 délégués le président sud-africain et de l'ANC, vêtu d'un tee-shirt aux couleurs vert et or du parti. L'ANC reste le seul espoir des pauvres et des marginalisés."
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En réalité, le mouvement de libération nationale, fer de lance du renversement de l'apartheid et au pouvoir sans discontinuer depuis les premières élections démocratiques de 1994, traverse une profonde crise de légitimité.
Les festivités qui ont accompagné toute cette année la célébration du centième anniversaire de l'ANC, né dans la ville de Bloemfontein, dont l'agglomération porte désormais le nom africain de Mangaung ("la place des guépards") et où se tient le congrès quinquennal, n'ont pas relancé le parti après les résultats décevants des derniers scrutins.
En 2009, l'ANC est passé pour la première fois sous la barre des deux tiers de suffrages en sa faveur. Il a perdu le contrôle de la province du Cap-Occidental. L'opposition compte s'emparer, en 2014, de celle du Gauteng qui englobe Johannesburg et la capitale, Pretoria.
LA JEUNE GÉNÉRATION N'A PLUS L'ANC DANS SON ADN
"Nous devons éviter le danger de la distance entre leaders et membres, sur les lieux de travail comme dans les communautés", a prévenu Jacob Zuma en évoquant la tragédie de Marikana. Le 16 août, 34 mineurs en grève ont été abattus par la police. Un drame sans précédent dans l'Afrique du Sud démocratique.
A l'époque, l'ancien responsable de la Ligue de la jeunesse de l'ANC, Julius Malema, expulsé du parti en avril pour indiscipline, s'était rendu sur place pour dénoncer la "trahison des gens au pouvoir". Un sentiment partagé par les plus pauvres.
Tandis que Nelson Mandela, 94 ans, entamait, lundi matin, son dixième jour à l'hôpital pour une infection pulmonaire et une opération de calculs biliaires, nombre de Sud-Africains noirs qui ont vécu sous l'apartheid continuent de voter loyalement pour "le parti qui les a libérés". Mais la jeune génération n'a plus l'ANC dans son ADN. Elle se sent laissée-pour-compte par l'actuelle direction, incapable de leur fournir des emplois et un niveau de vie décent.
Le filet de sécurité dont bénéficient désormais 15 millions de Sud-Africains, un chiffre en hausse continue, grâce au versement mensuel d'aides sociales de l'Etat ne semble plus suffire. Ces derniers mois, des manifestations, souvent violentes, se sont multipliées. Le niveau de vie général s'améliore mais les inégalités ne se réduisent pas. Les scandales liés à l'enrichissement personnel de dirigeants de l'ANC se multiplient.
Jacob Zuma qui a échappé, peu avant d'accéder à la présidence sud-africaine en 2009, à un procès pour corruption dans une affaire de vente d'armes impliquant le groupe français Thalès, a rappelé la nécessité de lutter contre ce mal. "Cette conférence doit délibérer sur le système d'attribution de contrats publics qui est souvent l'objet d'abus", a-t-il déclaré.
LA CARTE DE L'ANC, "QUAND ON VEUT ÊTRE BIEN VU"
Ces deux dernières années, plus de cinquante assassinats politiques ont été commis en Afrique du Sud, essentiellement au niveau des bureaux locaux de l'ANC. Cette violence est souvent le symptôme d'une lutte à n'importe quel prix pour obtenir des postes de pouvoir, donnant accès à des ressources et à un capital d'influence. "Nous ne devons pas autoriser une situation dans laquelle ceux qui ont de l'argent transforment les membres de l'ANC en marchandises ", a affirmé M. Zuma.
La veille de l'ouverture du congrès, de nombreux hommes d'affaires se pressaient au dîner de gala de récolte des fonds pour l'ANC. Pour s'asseoir à la table de Jacob Zuma, il fallait débourser l'équivalent de 5 000 euros. Ces dernières années, le parti au pouvoir a toujours refusé de faire voter une loi obligeant à rendre public le nom des donateurs des formations politiques sud-africaines. Le président, en quête d'un second mandat lors de cette conférence élective, a promis des changements de politique "radicaux" pour permettre la "libération économique et sociale" de tous les Sud-Africains.
"J'ai fini par prendre ma carte à l'ANC, confiait récemment un habitant du township de Soweto, il vaut mieux l'avoir quand on veut être bien vu par l'élu du quartier et obtenir plus facilement un logement social ou un boulot dans les services municipaux."