La « manif pour tous » mobilise, se divise et dérape
Les « anti-mariage » pour tous, dont le mouvement se fissure, étaient entre 150.000 et « plus d’un million ». De violents incidents ont éclaté dimanche soir aux Invalides.
La mobilisation perdure mais personne ne sait sur quoi elle débouchera. Les opposants au mariage pour tous avaient déjà rempli l’esplanade des Invalides, à Paris, dimanche peu avant 17 heures. Répartis en quatre cortèges au total – trois de la Manif pour tous et un des intégristes de Civitas – ils ont défilé en famille. Qu’ils aient été 150.000, selon la préfecture de police, ou « plus d’un million », selon les organisateurs, ils ont réaffirmé leur refus de la loi promulguée depuis huit jours, alors que le premier mariage entre homosexuels doit être célébré ce mercredi à Montpellier.
En milieu d’après-midi, une dizaine de militants de Génération identitaire, un groupuscule d’extrême droite, ont escaladé la terrasse du siège parisien du PS, rue de Solferino, pour y déployer une banderole « Hollande démission ». Plus tard dans la soirée, de violents incidents ont éclaté aux Invalides à Paris, provoqués par quelques centaines de fauteurs de troubles après la dispersion de la manifestation. Plusieurs centaines de manifestants, certains masqués, d’autres casqués, se sont rassemblés à l’entrée de la rue de l’Université, face aux forces de l’ordre.
Selon le directeur de cabinet du préfet de police Laurent Nunez, qui s’exprimait sur i-Télé, « 400 à 500 jeunes » fauteurs de troubles « extrêmement violents » étaient en cause. Des projectiles ont été lancés en direction des forces de l’ordre et des journalistes, surtout des bouteilles de bière mais aussi quelques pavés. Des journalistes ont été coursés. Légèrement blessé, un photographe de l’AFP a été soigné sur place par la Croix Rouge.
Harcelées par ces opposants violents au mariage homosexuel qui n’hésitent pas à aller au contact, les forces de maintien de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour se dégager, couvrant l’esplanade de fumée. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a condamné « avec force » ces violences, causées par « plusieurs centaines d’individus, pour la plupart issus de l’extrême droite et de la mouvance identitaire ».
Selon un communiqué de l’Intérieur, « ces incidents ont été provoqués par plusieurs centaines d’individus, pour la plupart issus de l’extrême droite et de la mouvance identitaire, qui ont agressé violemment des policiers, dont quatre ont été blessés, des gendarmes, ainsi que des journalistes ». Avant ces incidents, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls avait annoncé que 96 personnes avaient été interpellées en marge des cortèges, dont des activistes d’extrême droite.
L’exécutif avait mobilisé 4.500 policiers et gendarmes pour éviter les débordements. Après les violences qui ont gâché le 13 mai la fête du PSG au Trocadéro et les affrontements lors de la précédente manifestation du 24 mars, la Préfecture de police de Paris et Manuel Valls jouent leur crédibilité dans cette affaire.
Montée des ultras
Avant la manifestation, la tension était montée de plusieurs crans depuis qu’un communiqué du Printemps français, un collectif fédérant les opposants ultras, avait appelé à prendre pour « cible » le gouvernement et « les partis politiques de collaboration ». « Il n’y a pas de place pour des groupes qui défient la République », avait réagi le ministre de l’Intérieur, qui avait aussi « déconseillé aux familles avec enfants de défiler dans les rues ». « Il y a longtemps que nous n’écoutons plus Manuel Valls », explique Thomas, un manifestant père de cinq enfants. « Même si l’affaire est cuite, on voulait exprimer notre ras-le-bol », confie Raoul, venu de Dijon avec sa femme.
Malgré tout, le mouvement est désormais plus divisé que jamais. Alors que les organisateurs de la Manif pour tous ont souhaité « s’inscrire dans la durée », l’une de ses porte-parole, Frigide Barjot, avait renoncé à manifester pour cause de « menaces » sur sa personne. « La Manif pour tous a fait son temps », a-t-elle déclaré sur BFMTV, souhaitant poursuivre sa campagne sous une autre forme. Elle interpellera les candidats aux municipales avant de donner des consignes de vote. Signe de la volonté de stopper la montée des ultras dans le mouvement, tout en maintenant la pression sur les élus de droite.
Une nouvelle génération militante
De son côté, l’UMP est divisée sur la façon de traiter ce mouvement et les suites à lui donner : peut-on ou non abroger la loi ? Faut-il ou pas appeler les manifestants à s’encarter ? Fallait-il ou pas défiler en même temps que des élus FN ? Alors que Jean-François Copé, Laurent Wauquiez ou Henri Guaino ont manifesté, François Fillon, Luc Chatel ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet avaient refusé de se joindre aux cortèges.
Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, l’a d’ailleurs implicitement souligné en reprochant à Jean-François Copé de prendre « une lourde responsabilité en provoquant la crispation et la radicalisation ». S’il peut se féliciter du soutien de l’opinion – 72 % des Français souhaitent que les manifestations cessent, selon un sondage Ifop-« JDD » –, l’exécutif sait aussi qu’il doit prendre garde aux suites d’un mouvement qui a facilité l’émergence d’une nouvelle génération militante hostile..
