Mariage gay: l'UMP espère récolter les fruits des manifestations
45 000 personnes ont manifesté ce dimanche, selon les estimations de la police.
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Il est 14h à Paris. Une foule dense investit la place Denfert-Rochereau, point de départ de la troisième grande manifestation des opposants au "mariage pour tous". L'adoption définitive du texte par l'Assemblée nationale, programmée le 23 avril, n'y change rien : les adversaires du texte ne désarment pas et entendent bien faire renoncer le gouvernement à retranscrire dans la loi l'engagement 31 du candidat Hollande.
A 15h00, les manifestants s'élancent, en direction de la place des Invalides, aux cris de "Hollande Démission" et "Taubira du balai". Au sein du cortège, ceints de leur écharpe tricolore, les élus UMP battent le pavé, derrière la banderole "Tous gardiens du Code civil". Protégés par une chaîne humaine formée par les militants du collectif La Manif pour Tous, ils ont répondu à l'appel de leur président Jean-François Copé, qui a demandé aux militants de "participer en masse" à la manifestation.
Premiers arrivés, les députés Georges Fenech et Patrick Ollier. Ils sont rapidement rejoints par Hervé Mariton, orateur du groupe UMP sur le projet de loi, et par le maire de Neuilly Jean-Christophe Fromantin. La droite parisienne a répondu présente : les députés Claude Goasguen et Philippe Goujon font partie du cortège.
Mais un invité surprise fait son apparition: Gilbert Collard. Une présence pas au goût de certains élus de droite, qui évitent ostensiblement le député frontiste. "On les dérange" sourit l'intéressé, qui vient "représenter les électeurs de Marine Le Pen".
Les têtes d'affiche du parti d'opposition manquent cependant à l'appel. Jean-François Copé est en déplacement en Haute-Corse alors que Laurent Wauquiez a boudé la manifestation, lui qui n'en avait manqué aucune jusqu'ici. Claude Guéant n'est pas là. Seule présence notable, celle d'Henri Guaino, à qui la foule réserve un accueil de rock star, aux cris de "Guaino président".
Dans le cortège, les responsables de droite sont unanimes : l'adoption de la loi par l'assemblée nationale ne fait aucun doute. "Le texte sera voté", tranche George Fenech. Et le député de Hauts-de-Seine Patrick Ollier de renchérir : "les gens savent que le texte sera voté, ils viennent au nom de valeurs fondamentales".
Tous s'en remettent désormais au Conseil constitutionnel et espèrent une censure de la loi. Si les élus UMP appellent toujours le gouvernement à "suspendre l'examen du texte" pour le "soumettre à referendum", ils estiment peu probable une telle initiative gouvernementale. De son côté, Henri Guaino se montre plus offensif : "Je n'attends rien de ce gouvernement. Le président de la république doit retirer son projet. On ne peut pas prendre le risque de passer en force alors que la société est angoissée et ravagée par la crise ", plaide l'ancienne plume de Nicolas Sarkozy.
Mais si l'issue du débat parlementaire ne fait aucun doute, pourquoi manifester ? C'est un engagement généreux pour la famille" plaide Hervé Mariton. "Ce mouvement rassemble au delà des clivages et se révèle beaucoup plus beau que les manifestations d'intérêts", estime-t-il.
Alors que le couple exécutif sombre dans les sondages, ce mouvement contre le mariage gay est surtout un moyen pour l'UMP de renouer le contact avec le peuple de droite. "Il existe un phénomène de ras-le-bol sur l'attitude du pouvoir en place et sur un président qui a fait des leçons à tout le monde avant d'être pris en défaut", estime Jean-François Legaret, maire UMP du 1er arrondissement de Paris. "Cette manifestation nous permet de capitaliser sur cette défiance", reconnaît-il.
Problème, l'opposition doit résoudre une équation qui devient chaque jour plus complexe : à l'heure ou la radicalisation des adversaires du projet Taubira est croissante, comment soutenir l'opposition au mariage gay sans être accusé de jeter de l'huile sur le feu ? Depuis plusieurs jours, les adversaires du projet multiplient les actions coup de poing et les actes homophobes sont en recrudescence. "Cette violence est attisée par la droite, qui fait un procès constant en légitimité à la gauche" a récemment affirme le ministre de l'Economie Pierre Moscovici.
"Des propos stupides", juge Patrick Ollier. "Le gouvernement s'est acharné, a méprisé les opposants et aucun de nos amendements n'a été adopté à l'Assemblée. C'est son obstruction qui a conduit à cette situation". Pour le député des Yvelines Jean-Frédéric Poisson, la radicalisation est une "fable". "Certaines personnes veulent en découdre, mais elle n'ont rien à voir avec le coeur de notre mobilisation. Le gouvernement cherche à discréditer un mouvement qu'il ne comprend pas", assure-t-il.
Sur ce point, la droite semble renouer avec les éléments de langage de l'ère Sarkozy. Au sein de la délégation UMP, plusieurs élus évoquent la "violence des manifestations de gauche" pour minimiser les débordements récents. "Cela n'a rien à voir avec les violences que l'on a pu observer pendant des manifestations de gauche avec des voitures brûlés et des gens qui balancent des grenades", estime Jean-François Legaret.
Patrick Ollier l'assure. Si la droite revient aux affaires, elle reviendra sur le mariage pour tous. Comment ? En "créant une union civile respectueuse des droits acquis", assure le député UMP. L'abrogation du texte, Hervé Mariton y tient. Mais sous deux conditions : pas de démariage et pas de désadoption". En clair, une abrogation qui ne vaudrait que pour l'avenir et sans effet rétroactif.
D'ici là, les responsables de l'opposition participeront à la prochaine manifestation national contre le mariage pour tous, prévue le 26 mai. Les têtes d'affiches de l'UMP répondront-elles présentes ?