Turquie: malgré sa promesse, Erdogan fait évacuer de force le parc Gezi d'Istanbul
La police anti-émeutes turque a évacué samedi soir les milliers de manifestants qui occupaient le parc Gezi d'Istanbul, deux heures après un nouvel ultimatum du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan les sommant de vider les lieux.
afp.com/Ozan Kose
La police turque a évacué samedi par la force le dernier carré des manifestants qui occupaient le parc Gezi d'Istanbul, après un nouvel ultimatum du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Peu avant 21h locales (18h heure française), les forces de l'ordre sont intervenues avec des canons à eau pour disperser des centaines de personnes qui s'étaient réunies sur la place Taksim, puis sont entrées dans le parc, bastion de la fronde antigouvernementale agitant la Turquie depuis deux semaines, qu'elles ont vidé de tous ses d'occupants par des jets de grenades lacrymogènes.
De nombreuses tentes dans lesquelles les occupants s'apprêtaient à passer une nouvelle nuit ont été détruites et leurs banderoles arrachées. Plusieurs personnes ont été interpellées.
Sitôt connue l'évacuation du parc, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue à Istanbul et dans la capitale Ankara aux cris de "gouvernement, démission!" ou "c'est partout Taksim, c'est partout la résistance". A Istanbul, la police a repoussé à plusieurs endroits la foule avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Mais "nous sommes en colère et ce n'est pas fini", promettait l'une des occupantes du parc Gezi, une professeure de yoga trentenaire, "Le monde entier a vu que lorsque nous sommes ensemble, nous pouvons tenir tête à Tayyip".
Le vice-Premier ministre Huseyin Celik, lui, s'est félicité de l'évacuation du parc. "J'espère que nous pourrons oublier tout ça, comme un mauvais rêve ou un cauchemar", a-t-il dit.
Lors d'une rencontre avec une délégation de la société civile, dont deux porte-parole de la coordination des manifestants, jeudi, le Premier ministre Recep Erdogan avait promis qu'il ne toucherait pas au parc tant que la justice, saisie par les adversaires de la destruction du parc, n'aurait pas définitivement tranché le dossier. Mais les irréductibles du parc Gezi ont refusé catégoriquement ce que le pouvoir a présenté comme des concessions.
Une attitude face à laquelle, sûr du soutien d'une majorité de la population après que son Parti de la justice et du développement a raflé 50% des voix aux législatives de 2011, le chef du gouvernement a adopté une position très ferme. Samedi encore devant ses partisans, il s'est présenté comme la "voix des masses silencieuses" et a salué ses partisans qui donnent "la vraie image de la Turquie".
Le Premier ministre doit tenir dimanche après-midi une nouvelle réunion publique avec des dizaines de milliers de manifestants à Istanbul.