Manifestations en Égypte : la police peut-elle jouer un rôle entre pro et anti Morsi ?

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Affrontements entre antis et pro-Morsi (MAHMOUD KHALED / AFP)

 

Les partisans de Mohammed Morsi ont pris à partie, mercredi au Caire, des manifestants qui réclamaient une annulation du décret présidentiel et une révision de la Constitution.
Les partisans de Mohammed Morsi ont pris à partie, mercredi au Caire, des manifestants qui réclamaient une annulation du décret présidentiel et une révision de la Constitution. Crédits photo : MAHMOUD kHALED/AFP

VIDÉO - Des heurts ont éclaté mercredi près du palais présidentiel, tandis que l'opposition tente de se structurer.

Correspondante au Caire


«Nous ne décamperons pas tant que Morsi ne battra pas en retraite!» Boucles brunes sur pull-over rose, May a ressorti le kit des folles manifestations de janvier 2011 contre Hosni Moubarak: chips, thermos à café et couvertures pour se réchauffer sous sa petite tente, dressée parmi d'autres campements de fortune qui fleurissent de nouveau sur l'emblématique place Tahrir. «Pas question de nous faire voler notre révolution!», s'emporte la jeune trente­naire, sous l'applaudissement de ses compagnons de résistance. Collé sur son épaule, un brassard bleu et vert affiche sa couleur politique: celle du nouveau parti d'opposition al-Dostour, mené par Mohamed ElBaradei.

 

Depuis que le nouveau président égyptien issu des Frères musulmans a élargi ses pouvoirs, le 22 novembre, l'ex-chef de l'AIEA émerge comme «la» figure fédératrice qui cristallise la colère des laïcs et des libéraux contre les islamistes. «Morsi nous a dupés. Il s'est imposé comme le président des Frères. Baradei, lui, se bat pour tous les Égyptiens», poursuit-elle, en évoquant celui qui, le premier, osa accuser le chef d'État de se prendre pour «le nouveau pharaon». Pour faire front contre la machine bien rodée des Frères musulmans, l'homme codirige avec l'ancien candidat à la présidentielle Hamdeen Sabbahi le Front de sauvegarde national (FSN). «C'est une coalition indispensable à la survie de l'opposition, qui a trop longtemps pâti de ses divisions», relève Gamal Zahrn, un proche de Hamdeen Sabbahi.

 

Forts de cette nouvelle union, les cortèges de protestation contre enflent de jour en jour. Ils appellent à une annulation du décret présidentiel et une révision de la Constitution, dont le référendum populaire a été fixé au 15 décembre. Mardi, et c'est une première, les protestataires sont parvenus à marcher sur le palais présidentiel, faisant reculer la police antiémeute. Leurs slogans - «Lâche!», «À bas la dictature!», «Dégage!» - rappellent ceux de la révolte anti-Moubarak.

Cette jeune Coalition d'insoumis parviendra-t-elle à faire entendre sa voix? Certains, déjà, lui reprochent son alliance avec d'anciens «felouls», les «résidus» de l'ancien régime. «Dans ces conditions, je préfère rester chez moi et ne me rallier à aucun parti», grogne Samir, un électricien, au volant du taxi qui lui permet d'arrondir ses fins de mois. «Si les opposants de toute tendance sont capables de s'unir pour faire front contre Morsi, ils manquent cruellement de plate-forme d'action. Leurs idées sont confuses. Il y a ceux qui disent qu'il faut boycotter le référendum, d'autres qui disent qu'il faut voter non. Pendant ce temps, les Frères musulmans affichent un discours uniforme qui plaît aux classes populaires», observe le politologue Gamal Sultan.

 

Assise en tailleur sous sa tente, la jeune May reconnaît «qu'il n'y a pas photo». «Ça fait des mois que les Frères font leur “promo” de la Constitution, en faisant du porte-à-porte dans les provinces et en distribuant des tracts dans le métro cairote. Difficile, pour nous, de faire le poids pour expliquer les failles de ce texte indigeste pour la majorité des Égyptiens», dit-elle.

La sonnerie de son portable l'interrompt brutalement. L'appel vient des abords du palais présidentiel. Au bout du fil, un ami lui raconte les accrochages qui viennent d'éclater entre pro et anti-Morsi. Quelques minutes plus tôt, le vice-président a tenté de jouer la carte de l'apaisement en se disant favorable à des amendements à la Constitution, tout en affirmant que la date du référendum était maintenue. Le visage sévère, la jeune révolutionnaire lance un profond soupir: «Ça me rappelle les discours de l'époque Moubarak. Si Morsi ne revient pas sur sa décision, on est parti pour une nouvelle spirale de violence et, une fois de plus, c'est l'opposition qui va en faire les frais.»

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