RD Congo : "A Goma, l'horreur humanitaire est permanente"

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République démocratique du Congo : déplacés attendant une distribution de nourriture dans le camp de Mungunga III, près de Goma, 2/12/12

 

INTERVIEW - Si le conflit entre le gouvernement et les rebelles a attiré l'attention de la presse internationale, MSF, présent dans le Nord-Kivu depuis de nombreuses années, rappelle à TF1 News que l'instabilité est constante dans la région. Et qu'elle implique une situation humanitaire difficile.


 
TF1 News : Quelle est aujourd'hui la situation à Goma ? Le calme est-il réellement revenu depuis le départ des rebelles ?


Thierry Goffeau
: Dans la journée, oui. Les activités sont normales. La police locale et la police spéciale du gouvernement patrouillent dans les rues. Un minimum de calme est ainsi assuré. En revanche, la nuit, cela reste encore tendu. On nous rapporte des exactions, des pillages ou des descentes de rebelles du M23, qui ne se sont retirés qu'à une dizaine de kilomètres. Au-delà des rumeurs, les faits sont là : des gens sont attaqués chaque nuit. Il faut aussi savoir que lorsque les troupes gouvernementales ont quitté la ville fin novembre, les portes des prisons ont été ouvertes. Plusieurs centaines de criminels circulent donc librement aujourd'hui.Comme beaucoup, nous attendons avec intérêt le résultat des négociations en cours.

TF1 News : Quelles ont été vos activités pendant la période des combats ?
T.G. :
A Goma même, nous avons ouvert une structure d'urgence de chirurgie de guerre en accord avec le ministère de la Santé à l'hôpital de Virunga. Nous y avons soigné une soixantaine de blessés par balle, essentiellement des civils. Dans celui du district Rutschuru, fief du M23, civils et militaires étaient mélangés. Dans les camps de déplacés situés entre Goma et Sake et surtout à celui de Rutschuru, nous sommes intervenus auprès de victimes de viols ou de violences sexuelles.

TF1 News : Quelle était la situation humanitaire dans la région avant même le début des combats ?
T.G. : La presse s'intéresse à la situation quand il y a des pics de tension et des combats plus violents. Mais l'instabilité est constante dans le Nord-Kivu. Comme la région est riche en minerais et en pâturages, il y a une myriade de groupes armés. Les conflits entre eux sont quotidiens pour contrôler les mines et les territoires. Certes, cette "horreur permanente" ne fait plus la "Une" des journaux. Mais elle entraîne régulièrement des déplacements de population, un accès au soin difficile.

Le tout dans un pays où le système de santé est fragile. Seuls les hôpitaux soutenus par des ONG peuvent offrir des soins gratuits et de qualité. C'est ce que nous essayons de faire à MSF depuis de nombreuses années. La RD Congo est en effet l'un de nos premiers postes budgétaires et nous intervenons dans toutes les régions stratégiques du pays.

"Nos besoins sont comblés. Le problème, c'est l'acheminement"


TF1 News : Quelles sont justement vos relations avec le gouvernement et les groupes rebelles ?
T.G. :
Ce sont des négociations constantes. Rien n'est jamais acquis. Bien sûr, MSF a une réputation. Nous restons sur le terrain, nous sommes sur les lignes de front. Les groupes armés ont donc plutôt intérêt à ce que nous puissions continuer à travailler. Mais le "contrôle" du soldat de base n'est jamais gagné. Nous nous exposons, c'est clair. Il y a des risques à prendre, c'est clair. C'est le boulot de la coordination et du chef de mission d'évaluer ces risques et de savoir jusqu'où nous pouvons aller avant de retirer les expatriés*. Ce n'est évidemment pas facile mais nous en tirons plutôt bien ici en RD Congo puisque nous travaillons dans toutes les "zones rouges"  du Nord-Kivu.

TF1 News : Avez-vous des besoins particuliers pour le Nord-Kivu ?
T.G. :
Grâce à nos donateurs, nous avons les stocks nécessaires pour tous nos besoins. Le problème, c'est plutôt leur acheminement sur Goma. Quand la ville est attaquée par exemple, tous les axes sont bouclés et cela amène des retards.

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Publié dans Actualités

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